Antichambre
Mise en contexte
Mes recherches portent depuis plusieurs années sur l’espace mental, les différents états de conscience et les langages symboliques qui sont à l’œuvre dans nos processus cognitifs (représentation mentale, rêves, mémoire, visualisation du futur).
Mon précédent projet Mancie Manie (2020-2023) explorait dans cette perspective les rouages de la divination et interrogeait notre quête de sens originelle, afin de comprendre à quoi répond cette tentative perpétuelle de circonscrire ce qui est au-delà du langage, du visible, du tangible pour conjurer notre condition.
Au sein du projet Antichambre, mes recherches se poursuivront avec la pratique de l’hypnose qui fera l’objet d’expérimentations au sein de séances individuelles. Après avoir été formée à l’hypnose ericksonienne en 2024 afin d’exercer en tant qu’hypnothérapeute, il s’agit d’extraire cet outil de ses usages habituels pour l’emmener sur un terrain artistique.
L’hypnose
L’hypnose est un état de conscience naturel du cerveau qu’on peut générer volontairement en activant certains leviers, notamment de communication. Cet état modifié génère une expansion de la plasticité du cerveau qui permet d’accéder à des ressources différentes en termes d’apprentissage (savoirs intellectuels, capacités émotionnelles, relationnelles et comportementales notamment). C’est une technique qui repose sur la conduite de l’attention. L’humain est un être d’imagination. Changer l’imaginaire est un moyen performatif de changer le réel. C’est cette performativité du langage, des images, des mouvements qu’il s’agit d’explorer ici, à deux, pendant la séance.
Décalage
L’hypnose est soit théâtralisée dans des dispositifs spectaculaires, soit réservée à un usage thérapeutique.
Il s’agit d’utiliser cet état de conscience modifié dans une perspective affranchie de ses cadres d’usages habituels et d’observer ce qui se produit. Son champ d’action s’ouvre aux aléas de l’espace, du temps et de l’environnement propre à SOMA. La relation devient en tant que telle objet d’expérimentation puisqu’elle est extraite du cadre soignant-patient. Ce qui est originellement utilisé comme un moyen d’accéder à soi en arpentant le trouble, caché, le complexe s’ouvre à une réciprocité qui permet d’accéder à l’autre – autrement. Les territoires individuels et collectifs se décloisonnent dans un même mouvement pour générer le déploiement de nouveaux potentiels.
Les séances sont structurées selon un script ouvert qui offre plusieurs possibilités combinatoires. L’espace est utilisé comme support et réceptacle. Il sera question d’utiliser la lumière, le son, les mouvements, la parole, de manipuler des objets collectés et disposés pour aménager chaque fois un environnement différent. Chaque séance s’amorce dans l’environnement laissé par la séance précédente, créant une continuité entre les espaces mentaux, pour former comme un cadavre exquis spatio-temporel et sensoriel.
Pistes
C’est l’ensemble des expériences cumulées qui fournira le matériau nécessaire à cette recherche, dont les pistes sont :
- créer de l’hypnose avec des supports et des leviers qui viennent compléter la voix : des objets, des images, des gestes, des sons, de la lumière
- explorer les possibilités offertes par la sortie des rôles strict de soignant / patient. Dimension pédagogique : enjeux de transmission des outils liés à l’usage de l’hypnose et de l’autohypnose. Qu’est-il pertinent de transmettre et pourquoi ?
- perfectionner certains aspects techniques de la pratique hypnotique
- travailler plus spécifiquement la dimension liée au récit, notamment l’usage des métaphores > dimension poétique, absurde, intuitive, principes d’associations, de dérive à deux
- identifier ce qu’il est pertinent de maintenir totalement libre et ce qui doit être écrit et circonscrit
- l’hypnose répond habituellement à un objectif prédéfini : qu’en est-il si on le supprime ? s’il est maintenu : est-il commun ? individuel ? partagé ?