RÉSIDENCE CURATORIALE
SAISON 2026-2027
Évohé ! Un cri de ménade qui lance les folies d’un thiase ;
Évohé ! Un appel performatif à célébrer nos dissidences ;
Évohé ! Une prière aux sèves pour répondre aux reflux du monde.
Professeur de philosophie à l’École Supérieure d’Art d’Aix-en-Provence (ESAAix), Florian Gaité est critique d’art et chercheur associé à l’Institut ACTE (Paris 1 Panthéon-Sorbonne). Après une thèse sur le concept de plasticité, il oriente ses recherches sur l’articulation entre art et négativité pour nourrir une approche critique de la culture contemporaine. Il co-dirige avec Aline Caillet le programme de politique scientifique de Paris 1 « Les mondes de l’art à l’âge du capitalisme culturel » (publication aux PUV, 2025) et avec Patricia Allio le programme de recherche « L’autoportrait à : performer l’identité relationnelle » soutenu par le Ministère de la Culture (publication aux Éditions Autonomes, 2025). Il mène également des recherches sur la danse, l’épuisement festif et leur sens critique dans une société productiviste, amorcées avec la publication en 2021 de Tout à danser s’épuise (éd. Sombres torrents). Membre de l’AICA, auteur de nombreux textes de catalogues d’exposition et de monographies, il est critique d’art et de danse pour la presse écrite (Quotidien de l’art, L’Art même…) et la radio entre 2017 et 2020 (France Culture). Il est enfin commissaire d’exposition indépendant, collaborateur pour des artistes (Jérôme Bel, Ariane Loze, etc.) ou institutions culturelles (maison des arts de Malakoff, Festival d’Automne à Paris, CN D, Montevideo, etc.) et membre du Conseil National de l’Enseignement Supérieur Et de la Recherche Artistiques et Culturels (CNESERAC).
La direction artistique est placée sous l’emblème de la joie tragique, un affect perdu qu’un monde en crise nous prie de sortir de la latence. Entendu comme un remède aux passions tristes qui gouvernent nos régimes affectifs, il invite à consentir à l’incertitude et au chaos, à accueillir les blessures de la vie, à assumer nos comportements à risques et nos noirceurs, à opposer un rire face à l’horizon de notre finitude, sans pour autant approuver les systèmes de domination qui les instrumentalisent. Commune à l’art, à la fête et aux luttes, la joie tragique peut transformer la mort en jeu et la peine en poésie, nous apprendre à « deuiller » autrement et à aimer le néant du monde qui, en nous, fait son œuvre. Elle étreint le malheur plus qu’elle ne veut l’éteindre, préférant le mouvement d’une métamorphose jouissive à la rudesse d’un combat frontal.
Évohé mobilise pour cela des imaginaires et rites marginalisés ou refoulés dans la modernité occidentale1, revient aux sources de l’art pour y former des outils militants et initie des banquets pour offrir à chacun·e l’occasion de s’épuiser de rire. Face aux spectres du fascisme et de la catastrophe et à la multiplication exponentielle des formes et sources de violence (industrielle, technique, psychique, sociale, économique…), artistes et penseur·x·euses célèbrent ici gaiement les négativités pour réenchanter nos espaces de création, de fête et de lutte.

