FLORIAN GAITÉ

RÉSIDENCE CURATORIALE
SAISON 2026-2027

Évohé ! Un cri de ménade qui lance les folies d’un thiase ;
Évohé ! Un appel performatif à célébrer nos dissidences ;
Évohé ! Une prière aux sèves pour répondre aux reflux du monde.

Muriel Bourdeau, artiste et fondatrice de SOMA, invite Florian Gaité à assurer la programmation artistique du lieu tout au long de la saison 2026/2027. De continuité plus que de rupture, elle travaille l’articulation entre art, fête et militance pour réfléchir aux moyens de retrouver, d’une part, force et joie face à l’adversité, de l’autre, le goût et le sens de la négativité qui nous manque. Pour y parvenir, son projet curatorial revient à l’ADN du lieu en se concentrant sur les pratiques corporelles et performatives saisies dans leur champ élargi (art performance, concert, lecture, danse, geste/action, cabaret, conférence performée, vidéo-performance…), en accordant une place accrue aux pensées critiques et aux pratiques militantes. Marquée par une échéance électorale décisive pour l’avenir des arts et de la culture, des droits des minorités ou des acquis sociaux, la saison est portée par la nécessité d’ouvrir des espaces de lutte pour la défense de nos communs et de la liberté de création. Plus que jamais, l’heure est à former des cortèges.
Depuis 2019, SOMA est devenu un lieu d’art incontournable de la scène culturelle marseillaise, se positionnant comme un tremplin pour la jeune création. Situé sur le Cours Julien, en plein cœur de la ville, il accueille résidences, salons, festivals, dj sets, ateliers, projections, concerts et rencontres en valorisant l’expérimentation libre, les formes relationnelles et les savoirs situés. Si priorité est faite à l’émergence et à la scène marseillaise, la programmation inclut également des artistes encore peu montré·x·es sur le territoire en veillant à donner voix et visibilité aux expressions minoritaires.
Elle compte sur la complicité de partenaires historiques (les festivals Aflam, Tangible, Parallèle, Musique Magique, le FID, Trafic, Flip, les Beaux-arts de Marseille et d’Aix-en-Provence) comme de nouveaux (Actoral/Montévideo et la Compagnie-Belsunce), renforçant la collaboration avec des organisations militantes (mouvements antifas, insoumis, anarchistes ou travailleureuses de l’art). Les révolutions d’Évohé prennent chair dans la vitalité des corps collectifs.

 


La direction artistique est placée sous l’emblème de la joie tragique, un affect perdu qu’un monde en crise nous prie de sortir de la latence. Entendu comme un remède aux passions tristes qui gouvernent nos régimes affectifs, il invite à consentir à l’incertitude et au chaos, à accueillir les blessures de la vie, à assumer nos comportements à risques et nos noirceurs, à opposer un rire face à l’horizon de notre finitude, sans pour autant approuver les systèmes de domination qui les instrumentalisent. Commune à l’art, à la fête et aux luttes, la joie tragique peut transformer la mort en jeu et la peine en poésie, nous apprendre à « deuiller » autrement et à aimer le néant du monde qui, en nous, fait son œuvre. Elle étreint le malheur plus qu’elle ne veut l’éteindre, préférant le mouvement d’une métamorphose jouissive à la rudesse d’un combat frontal.
Évohé mobilise pour cela des imaginaires et rites marginalisés ou refoulés dans la modernité occidentale1, revient aux sources de l’art pour y former des outils militants et initie des banquets pour offrir à chacun·e l’occasion de s’épuiser de rire. Face aux spectres du fascisme et de la catastrophe et à la multiplication exponentielle des formes et sources de violence (industrielle, technique, psychique, sociale, économique…), artistes et penseur·x·euses célèbrent ici gaiement les négativités pour réenchanter nos espaces de création, de fête et de lutte.